Actualité - Voici cette tradition d’ordres et de médailles ottomans sous la plume de Prof. Eldem...

Il est indiscutable que l'Empire ottoman s'est inspiré, tout au long du 19 ème siècle, du modèle occidental en vue d'entreprendre son processus de transformation. Conférés à certains personnages de l'époque afin de les honorer, ces ordres et médailles occupent une place aussi importante qu'intéressante dans ce processus d'occidentalisation.

L'aventure des ordres et médailles commence par une couronne spéciale offerte à l'amiral britannique Lord Nelson, qui vient d'obtenir une victoire contre Napoléon Bonaparte. Considérée au début comme une "invention" purement "britannique", cette tradition s'enracine progressivement à la suite des relations diplomatiques avec l'Europe, à partir des années 1830, et des tentatives de réformes. Le lien entre l'ordre et le grade se perturbe mais les premiers exemples d'ordres apparaissent au fur et à mesure dans le sens actuel du terme. La Guerre de Crimée accentue particulièrement l'importance attachée aux décorations. Ainsi l'Empire ottoman fait fréquemment usage des ordres et médailles, comme dans les principaux Etats de l'Europe, à des fins politiques et diplomatiques. Le Mecidi (1852) d'Abdülmecid et l'Osmani (1861) d'Abdülaziz sont les premiers signes des ordres de l'ère "moderne".

Ce processus atteint son apogée sous le reigne d'Abdülhamid II. D'une part, les anciens ordres se distribuent; de l'autre, les «nouvelles» catégories prennent naissance: l'Ordre de Charité décerné aux femmes, la Médaille d'Education pour les bons élèves, les Médailles de Distinction et de Mérite pour des personnages au service de l'Etat, des médailles décernées en contrepartie des aides et des soutiens fournis à l'Empire... Abdülhamid II a poursuivi une politique arbitraire et calculée dans la distribution des ordres et médailles. Par conséquent, ses antagonistes de l'époque ont composé des poèmes, qui font allusion à cette politique et qui accentuent la perte de valeur que subissent les décorations.

A la suite de la Révolution jeune-turque et de l'ambiance de guerre qui règne, les ordres et médailles se transforment en un instrument de propagande politique et militaire, en un symbole d'affiliation, de patriotisme et de nationalisme et s'adressent à un public plus diversifié. Un grand nombre de médailles, d'insignes et de décorations commémoratifs reflètent le discours idéologique et politique de l'époque et la propagande en faveur de la guerre. Le fait que la Turquie républicaine adopte une tradition presque sans médailles ni ordres doit être interprété comme une réaction contre les exagérations de la période ottomane