Actualité - Les Rendez-vous de la Rue Voyvoda Janvier-Mars 2010

A.CONFERENCES D’ECONOMIE POLITIQUE

Le premier mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur l’économie de l’environnement. 

6 janvier 2010 - Fikret Adaman, professeur
Les politiques de l’environnement en Turquie: un regard analytique

Il s’agit de proposer une analyse critique en termes d’économie politique de la problématique environnementale en Turquie, dans le cadre de la mondialisation. Par problématique environnementale, nous désignons à la fois la pollution et la surconsommation des ressources naturelles. On sait que durant les 50 dernières années, la croissance démographique, l’industrialisation, l’urbanisation, l’usage d’engrais et de médicaments en agriculture et la pression exercée sur les littoraux ont eu un coût environnemental très lourd. L’impact environnemental à court/moyen/long terme de la modernisation n’a pas été suffisamment pris en compte, et bien des éléments attestés par des anecdotes ou des documents officiels démontrent que cette problématique a généralement été abordée dans l’esprit “d’atteindre d’abord les objectifs de croissance rapide et d’urbanisation, et de s’intéresser ensuite aux problèmes environnementaux”. Malgré ce point de vue, des mesures importantes ont été prises depuis 30 ans en matière de réglementation juridique et administrative sur l’environnement. La situation est donc paradoxale: d’une part, un droit de l’environnement et une réglementation administrative fondés sur une forte tradition étatique; d’autre part, des destructions environnementales qui s’accroissent… Ceci démontre que les politiques environnementales sont insuffisamment appliquées et que les réalisations conformes aux règlements sont rares. L’analyse en termes d’économie politique est précieuse pour mieux comprendre ce paradoxe.

3 février 2010 - Harun Tanrıvermiş, professeur.
De l’économie classique à l’économie écologique: l’approche des questions environnementales en économie

Depuis le XVIIIe siècle, l’objectif principal de l’économie est la lutte contre le manque. L’objectif de maximisation du profit et de l’utilité, influencé d’une part par la prise de conscience du tarissement des terrains fertiles et d’autres ressources naturelles et d’autre part par la théorie démographique de Malthus, a conduit à négliger la nécessité d’un équilibre entre les ressources naturelles considérées comme un moyen de production, ainsi que l’impact environnemental des activités de production et de consommation. La présence de ressources environnementales plus abondantes que les besoins, et leur absence de prix qui les définit comme des biens libres ont encouragé les destructions de l’environnement et leur utilisation excessive. La croissance et la prospérité sont mises en rapport seulement avec la capacité de production et les biens et services ayant une valeur marchande, de même que l’évaluation du niveau de vie est fondée seulement sur le revenu individuel. Pourtant, la révolution industrielle, ainsi que les objectifs de croissance rapide et la politique d’industrialisation menée après la seconde guerre mondiale ont entraîné dans un laps de temps court de nombreux décès en influençant négativement la vie des hommes et autres êtres vivants. Les évolutions connues par l’Angleterre et les Etats-Unis ont rendu particulièrement nécessaire la prise en compte des problèmes environnementaux à un niveau mondial. En 1972, la conférence sur  l’environnement et le développement de Stockholm a été organisée pour la première fois et le célèbre rapport du club de Rome a été publié. Cependant, les économistes n’ont pas montré un grand intérêt pour les questions environnementales jusqu’à cette date. Les chocs pétroliers de 1973-74, les problèmes environnementaux croissants et la demande des consommateurs de produits “amis” de l’environnement ont accru l’intérêt porté par le monde scientifique à l’économie de l’environnement. Le rapport “Notre avenir commun” publié dans les années 1980 et la conférence de Rio de 1992 ont mis à l’ordre du jour une vision intégrée de l’économie et de l’environnement. De nos jours, de nouveaux concepts sont intégrés aux politiques économiques de nombreux Etats: qualité de vie à la place de niveau de vie, besoin fondamental à la place de besoin, croissance et développement durables à la place de croissance et développement, coût et avantages sociaux à la place de coût et avantages globaux, répartitions des ressources et revenus entre les régions, foyers et générations à la place de répartition des revenus entre les régions et les foyers. L’“économie écologique” à l’ordre du jour depuis 20 ans vise à intégrer les systèmes économiques et environnementaux et marque un tournant important dans la théorie économique.   

3 mars 2010 -  Zeynep Kadirbeyoğlu, maître de conférences
Les organisations environnementales de la société civile en Turquie

Des questions environnementales telles le réchauffement de la planète et de la sécheresse ont fait de la protection de l’environnement et des politiques environnementales un élément important de l’actualité politique aux échelles locale et mondiale. L’un des éléments qui ressortent des débats sur les politiques environnementales et le développement durable est l’incapacité d’un système de gouvernement trop centralisé et non participatif à gérer les problèmes et difficultés rencontrés. Comme dans les autres domaines, différents groupes défendent les principes de la bonne gouvernance et de la division des tâches entre l’Etat, le secteur privé et les acteurs associatifs en matière environnementale. Il est évident qu’il faut particulièrement se pencher sur le rôle des acteurs associatifs au sein de cette structure plurielle. Cette présentation étudiera la formation et le développement des organisations de défense de l’environnement en Turquie, ainsi que le rôle de la société civile dans le domaine de l’environnement. Elle se penchera aussi sur les relations entre les soutiens financiers des organisations de la société civile, l’Etat et les acteurs transnationaux.

 

B.CONFERENCES SUR ISTANBUL

Le deuxième mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur la centralité ou la non-centralité d’Istanbul

13 janvier 2010 - Feridun Emecen, professeur.
Une facette oubliée d’Istanbul: la capitale maudite

Dans la tradition historique ottomane, Istanbul  n’est pas seulement exaltée comme la mère des villes, l’incomparable, celle dont on n’échangerait pas une pierre contre tout le royaume perse; elle est aussi évoquée dans un sens contraire, peut-être du fait des catastrophes qu’elle a subies. Cette définition négative d’une ville « maudite par Dieu, et par conséquent jamais épargnée par les catastrophes » est la matrice d’une partie de la littérature ottomane avant et après la conquête. Cette tradition semble venir des Arabes musulmans qui considéraient la conquête de Byzance comme un symbole de courage religieux. Même si les expressions en sont limitées, des opinions semblables semblent avoir été partagées par le peuple, surtout si l’on suit les sources religieuses. C’est ainsi que s’est mise en place dans les esprits l’image d’une ville funeste, de mauvaise augure, nourrie par les récits d’apocalypse des mythes et textes religieux.

10 février 2010 -  Tülây Artan, professeur
Istanbul, centre de la science: les bibliothèques, nouveaux lieux d’émulation au XVIIIe siècle.

Il est avéré qu’à la fin du XVIIe siècle, aux bibliothèques des mosquées, tombeaux et couvents de derviches se sont ajouté des bibliothèques abritées par des édifices qui leur étaient spécialement consacrés, tout en continuant d’appartenir à des complexes religieux. Les bibliothèques, domaine dans lequel la famille Köprülü fut pionnière, attirent l’attention par leur organisation et leurs activités nouvelles. Au début du XVIIIe siècle, la Cour revenue d’Edirne à la capitale tente de rendre à Istanbul sa splendeur passée, après 60 ans d’abandon, de destructions et d’incendies ; parallèlement nous voyons les bibliothèques des fondations du sultan et des grands de l’Etat rivaliser pour acquérir les publications, traductions et copies.

Cependant, nous sommes mal renseignés sur les livres donnés ou supposés être donnés à ces bibliothèques, ainsi que sur leurs lecteurs. Nous étudierons ici les différentes dimensions de l’émulation qui visait à rendre à la capitale son statut de centre scientifique. Pour ce faire, nous comparerons avec les collections de l’époque les livres qui apparaissent dans les inventaires après décès du grand vizir Ibrahim Pacha, tué sauvagement lors du soulèvement de 1703, de l’intendant du grand-vizir Mehmed Efendi et du commandant de la flotte Mustafa Pacha. Nous nous demanderons aussi si cette émulation peut être considérée comme annonciatrice de l’élargissement de l’espace public, de la naissance du sécularisme et du développement de la pensée scientifique rationnelle ou de l’académisme.  

10 mars 2010 - Edhem Eldem, professeur
Istanbul aux XVIIIe et XIXe siècle : Changement et développement

La capitale de l’Empire ottoman a connu un processus très important de changement aux XVIIIe et XIXe siècle. Notre intervention se penchera sur les dynamiques et aspects principaux de ce changement, en étudiant notamment la part respective des influences locales et extérieures, le changement dans la perception de la ville et les tensions entre la modernisation et la périphérisation.

 

C.CONFERENCES SUR LA VILLE ET LA LITTERATURE

Le troisième mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur les villes qui enfantent des écrivains.

20 janvier 2010 - Mıgırdiç Margosyan
 Ma route a commencé dans un quartier “gavur” (chrétien)

“Cehü” était le nom kurde pour désigner les juifs. Nous les chrétiens, nous appelions les juifs “Moşe” (Moise). Les chrétiens étaient appelés “gavur” ou “fılle” mais parmi eux, il y avait des Arméniens, des Syriaques, des Chaldéens, des Pirotes.
Les Arméniens appelaient les Syriaques “Asori”. Et alors que les musulmans utilisaient le mot “gavur” pour tous les chrétiens, les chrétiens désignaient l’ensemble des musulmans par le terme “Dacik”.
Mais la vérité; c’est qu’il y avait d’un côté les fous, et de l’autre les Dacik, les Gavur, les Haço, les Alévis, les Yézidis, les Arméniens, les Turcs, les Kurdes, les Chaldéens, les Syriaques, les Asori, les Pirotes, les Fılle, les Moise, les Cehü, les Druzes!
Et puis les Grecs, qui n’entraient dans aucune de ces deux catégories, mais impossible d’en trouver un seul à Diyarbarkir. Peut-être en restait-il quelque part, mais quand vous en cherchiez un, impossible de mettre la main dessus.
Mıgırdiç Margosyan, récit, Dis Margos, d’où viens-tu?, Aras Yayıncılık, avril 1995, İstanbul.  Texte de couverture...

17 février 2010 - Deniz Kavukçuoğlu
Grandir dans la rue

“.....Le garçon qui débarrassait les verres à thé vides m’avait regardé en disant “Ce n’est pas un endroit pour toi ici”… Je n’avais pas répondu. Ce café où passaient les clients des maisons closes, les chômeurs fatigués de tuer le temps, les vendeurs à la sauvette de l’Alageyik, les joueurs de petite frappe, les voleurs à la tire, les voyous, les vendeurs de drogue ou de cannabis, je lui trouvais un côté “mystérieux” que ce serveur ne pourrait pas comprendre. À chaque fois que j’y venais, je sentais mon esprit s’apaiser, se vider, et grâce à ce vide je pouvais plus facilement revenir à mon passé. Ici, ma mémoire se ravivait et  des images anciennes que je pensais effacées me repassaient devant les yeux…
..Le mystère toujours ressenti mais jamais résolu de ce café peut-il venir de Galata, ancien “lieu d’exil”?
Deniz Kavukçuoğlu, Alageyik Sokağı Bir Liman mıydı? [La rue Alageyik était-elle un port?], 2ème édition, Istanbul: Can Yayınları, pp. 303-304.

17 mars 2010 - Ender  Özkahraman
Les quartiers d’habitats précaires, des rêves de bric et de broc

Scène 46
Le centre ville. Au café / Dehors – de jour:

EFRAYİM – Tu vas mourir!
Abdurrahman se rapproche et le regarde comme s’il voulait lui extirper sa colère. ABDURRAHMAN – Qu’est-ce que tu as dit? Tu peux répéter ce que tu viens de dire?
EFRAYİM – Tu vas mourir!
Abdurrahman gifle Efrayim violemment… Puis il s’éloigne avec son ami.  Efrayim, s’effondre sous l’effet du coup violent reçu sur son visage.
Harun se lève brusquement et arrive auprès d’Efrayim en deux pas. Le sang qui coule du nez d’Efrayim forme un sillon jusqu’à sa bouche. Harun comprime le nez d’Efrayim avec le mouchoir en papier qu’il a sorti de sa poche et l’aide à se relever. Après s’être relevé, il se rapproche du café et s’assied sur un tabouret. Quand Efrayim veut baisser la tête, Harun l’en empêche en lui tenant la mâchoire.
HARUN – Ton sang coule encore Efrayim, redresse la tête… Oui, comme ça.
Efrayim reste ainsi un moment, les yeux tournés vers le ciel. Harun garde la main sur son nez pour le comprimer. En entendant qu’Efrayim prononce des paroles incompréhensibles, Harun retire sa main.
...
HARUN – Ha! Qu’est-ce que tu dis? Allez, dis ce que tu as à dire!
EFRAYİM – Tu vas mourir!

Ender Özkahraman, film Hayatın Tuzu [Le sel de la vie], scénario.

D.CONFERENCES D’HISTOIRE ET D’ARCHEOLOGIE BYZANTINES

Le quatrième mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur les recherches sur l’Empire byzantin

27 janvier 2010 - Koray Durak, maître de conférences
L’Empire byzantin et le commerce extérieur en l’an 1000

Avec le développement rapide de son secteur  militaire, les caisses de son trésor pleines d’or et sa production artistique dont les plus beaux exemples étaient visibles à Constantinople, l’Empire byzantin était un des centres d’attraction les plus importants du bassin méditerranéen et de l’Eurasie. L’un des principaux fondements des progrès militaires et de la production artistique était le progrès économique de Byzance. La croissance démographique et la hausse de la production et de la consommation liée à l’urbanisation n’étaient pas limitées au marché intérieur: c’était l’une des causes du développement des relations commerciales entre Byzance et ses voisins.  
Dans cette intervention, on étudiera le développement du commerce extérieur au premier millénaire entre Byzance, les Russes au nord, les Italiens à l’ouest et les musulmans au sud; on se penchera aussi sur la nature des biens échangés et les politiques d’import-export de Byzance.

24 février 2010 - Gülgün  Köroğlu, maître de conférences
La femme et les parures féminines à Byzance

Nos connaissances sur les femmes de Byzance concernent surtout les membres de familles aristocratiques et fortunées. Outres les images de Marie, Eve et celles de saintes, les sources visuelles offrent principalement des représentations d’impératrices et d’aristocrates. Quant aux femmes du  peuple, on les trouve dans des compositions religieuses, au milieu de la foule, comme dans les représentations de la venue du Christ à Jérusalem ou de la multiplication des pains et des poissons. Les miniatures des livres à sujet profane représentent des femmes de la vie active tissant la laine, cousant des tissus, travaillant dans les champs ou les jardins, trayant les vaches ou portant de l’eau sur leurs épaules. On connaît l’existence de nombreuses femmes religieuses vivant dans les monastères. Il existait également des femmes actrices ou danseuses, considérées par les juristes et les moralistes comme des prostituées, ainsi que des pleureuses professionnelles pour les enterrements. Les registres fiscaux contiennent les noms de veuves gérant de grands terrains et des fermes. Les femmes d’origine aristocratique et aisée jouaient un rôle actif dans la société : on comptait parmi elles des écrivains, des calligraphes, des bibliophiles, des mécènes et des fondatrices de monastères, et elles s’engageaient souvent en politique.

Cette conférence se penchera sur le mode de vie des femmes du palais et du peuple, la vie domestique, les métiers féminins, les coutumes matrimoniales, les vêtements et les parures féminines.

24 mars 2010 -  Ayça Tiryaki
Le monastère de Kisleçukuru : un monastère byzantin méconnu d’Antalya

Le monastère de Kisleçukuru est l’un des édifices byzantins d’Anatolie bien conservés, situé dans la région montagneuse à l’ouest du golfe d’Antalya. Les bâtiments dont on ignore le nom révèlent une structure architecturale conforme au plan général. Il se compose d’un groupe d’édifices entouré d’un mur d’enceinte et d’une église monastère au centre. Les édifices du monastère répondaient aux besoins de la communauté monastique : dépôt de vivres, ateliers, cellules pour les moines, citerne, réfectoire, cuisine. A l’extérieur du mur d’enceinte sont visibles les ruines d’une chapelle funéraire et d’un aqueduc, conformément au schéma du monastère byzantin. A partir des données architecturales du monastère, fondées sur l’histoire de la région, nous pouvons affirmer qu’il s’agit d’un édifice de la période méso byzantine, datant de douze siècles. Les éléments trouvés en surface semblent indiquer qu’il fut réutilisé à l’époque seldjoukide.