Activités-Les Réunions de la Rue Voyvoda 2009-2010

A.Conférences d'économie politique

Le premier mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur l'économie de l'environnement. 

4 novembre 2009 - Prof. Alper Güzel
L'agriculture biologique et les organismes génétiquement modifiés.

Ces dernières années ont vu l'émergence de deux technologies opposées dans le secteur agricole: l'agriculture biologique et l'agriculture à base d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Il est nécessaire de prendre en compte les dimensions économiques, sociales et environnementales de ces deux techniques, avec leurs avantages et leurs inconvénients,  qui rencontrent un intérêt croissant dans le monde. Ces sujets ne sont pas assez étudiés et débattus en Turquie, et l'opinion est mal informée. Il s'agit ici d'ouvrir le débat sur les évolutions de ces techniques en Turquie et dans le monde. On étudiera d'abord la dimension économique de ces évolutions en Turquie et dans le monde avant d'ouvrir le débat sur leurs impacts social et environnemental.

2 décembre 2009 - Begüm Özkaynak, maître de conférences
Peut-on apporter des réponses économiques aux questions environnementales? Comparaison de l'économie dominante et de l'économie écologique et reflets de l'économie dominante en Turquie

Depuis longtemps, les économistes prennent en compte les effets environnementaux des activités économiques et de la production. On débattra ici de la conceptualisation des relations économie/environnement dans les sciences de l'économie. L'économie néoclassique et l'économie écologique, deux approches qui se distinguent par leurs concepts et leurs méthodes seront comparées: Comment définir la destruction de l'environnement et le développement durables? Quelles réponses peut-on apporter pour ralentir/arrêter/inverser la destruction de l'environnement et mettre en place un développement durable.

On s'attardera également sur l'exemple turc en se demandant comment depuis 30 ans, les questions environnementales ont été prises en compte par l'économie dominante. Enfin, on soulignera la nécessité d'approcher les questions et politiques environnementales avec une perspective à long terme, des mécanismes participatifs et une méthode pluridimensionnelles, qui permettent de changer les politiques environnementales en Turquie.

6 janvier 2010 - Fikret Adaman, professeur
Les politiques de l’environnement en Turquie: un regard analytique

Il s’agit de proposer une analyse critique en termes d’économie politique de la problématique environnementale en Turquie, dans le cadre de la mondialisation. Par problématique environnementale, nous désignons à la fois la pollution et la surconsommation des ressources naturelles. On sait que durant les 50 dernières années, la croissance démographique, l’industrialisation, l’urbanisation, l’usage d’engrais et de médicaments en agriculture et la pression exercée sur les littoraux ont eu un coût environnemental très lourd. L’impact environnemental à court/moyen/long terme de la modernisation n’a pas été suffisamment pris en compte, et bien des éléments attestés par des anecdotes ou des documents officiels démontrent que cette problématique a généralement été abordée dans l’esprit “d’atteindre d’abord les objectifs de croissance rapide et d’urbanisation, et de s’intéresser ensuite aux problèmes environnementaux”. Malgré ce point de vue, des mesures importantes ont été prises depuis 30 ans en matière de réglementation juridique et administrative sur l’environnement. La situation est donc paradoxale: d’une part, un droit de l’environnement et une réglementation administrative fondés sur une forte tradition étatique; d’autre part, des destructions environnementales qui s’accroissent… Ceci démontre que les politiques environnementales sont insuffisamment appliquées et que les réalisations conformes aux règlements sont rares. L’analyse en termes d’économie politique est précieuse pour mieux comprendre ce paradoxe.

3 février 2010 - Harun Tanrıvermiş, professeur.
De l’économie classique à l’économie écologique: l’approche des questions environnementales en économie

Depuis le XVIIIe siècle, l’objectif principal de l’économie est la lutte contre le manque. L’objectif de maximisation du profit et de l’utilité, influencé d’une part par la prise de conscience du tarissement des terrains fertiles et d’autres ressources naturelles et d’autre part par la théorie démographique de Malthus, a conduit à négliger la nécessité d’un équilibre entre les ressources naturelles considérées comme un moyen de production, ainsi que l’impact environnemental des activités de production et de consommation. La présence de ressources environnementales plus abondantes que les besoins, et leur absence de prix qui les définit comme des biens libres ont encouragé les destructions de l’environnement et leur utilisation excessive. La croissance et la prospérité sont mises en rapport seulement avec la capacité de production et les biens et services ayant une valeur marchande, de même que l’évaluation du niveau de vie est fondée seulement sur le revenu individuel. Pourtant, la révolution industrielle, ainsi que les objectifs de croissance rapide et la politique d’industrialisation menée après la seconde guerre mondiale ont entraîné dans un laps de temps court de nombreux décès en influençant négativement la vie des hommes et autres êtres vivants. Les évolutions connues par l’Angleterre et les Etats-Unis ont rendu particulièrement nécessaire la prise en compte des problèmes environnementaux à un niveau mondial. En 1972, la conférence sur  l’environnement et le développement de Stockholm a été organisée pour la première fois et le célèbre rapport du club de Rome a été publié. Cependant, les économistes n’ont pas montré un grand intérêt pour les questions environnementales jusqu’à cette date. Les chocs pétroliers de 1973-74, les problèmes environnementaux croissants et la demande des consommateurs de produits “amis” de l’environnement ont accru l’intérêt porté par le monde scientifique à l’économie de l’environnement. Le rapport “Notre avenir commun” publié dans les années 1980 et la conférence de Rio de 1992 ont mis à l’ordre du jour une vision intégrée de l’économie et de l’environnement. De nos jours, de nouveaux concepts sont intégrés aux politiques économiques de nombreux Etats: qualité de vie à la place de niveau de vie, besoin fondamental à la place de besoin, croissance et développement durables à la place de croissance et développement, coût et avantages sociaux à la place de coût et avantages globaux, répartitions des ressources et revenus entre les régions, foyers et générations à la place de répartition des revenus entre les régions et les foyers. L’“économie écologique” à l’ordre du jour depuis 20 ans vise à intégrer les systèmes économiques et environnementaux et marque un tournant important dans la théorie économique.   

3 mars 2010 -  Zeynep Kadirbeyoğlu, maître de conférences
Les organisations environnementales de la société civile en Turquie

Des questions environnementales telles le réchauffement de la planète et de la sécheresse ont fait de la protection de l’environnement et des politiques environnementales un élément important de l’actualité politique aux échelles locale et mondiale. L’un des éléments qui ressortent des débats sur les politiques environnementales et le développement durable est l’incapacité d’un système de gouvernement trop centralisé et non participatif à gérer les problèmes et difficultés rencontrés. Comme dans les autres domaines, différents groupes défendent les principes de la bonne gouvernance et de la division des tâches entre l’Etat, le secteur privé et les acteurs associatifs en matière environnementale. Il est évident qu’il faut particulièrement se pencher sur le rôle des acteurs associatifs au sein de cette structure plurielle. Cette présentation étudiera la formation et le développement des organisations de défense de l’environnement en Turquie, ainsi que le rôle de la société civile dans le domaine de l’environnement. Elle se penchera aussi sur les relations entre les soutiens financiers des organisations de la société civile, l’Etat et les acteurs transnationaux.

 

B.Les conférences sur Istanbul

Le deuxième mercredi de chaque mois entre 18h30 et 20h30, conférences sur la transformation urbaine d'Istanbul

14 octobre 2009 - Esra Güzel Erdoğan
Constantinople, centre des monastères: les monastères de la fin de l'empire Byzantin et leurs fondateurs (1261-1453) 

En 1261, après la fin de l'occupation par les Latins, Constantinople a connu une activité de construction importante. Les monastères qui avaient perdu leur biens et étaient tombés en ruine à l'époque latine ont acquis une nouvelle signification. Ces institutions se sont transformées en édifices au service du désir des couches privilégiées de maintenir leurs privilèges. Les monastères de l'époque tardive se sont ainsi transformés en institutions fermées et éloignés de la tradition et des finalités sacrées des monastères. Tout en contribuant à protéger la classe supérieure des bouleversements politiques, économiques et sociaux de l'Empire, ils ont rendu éternelle la mémoire de ceux qui les avaient construits.

11 novembre 2009 - Sara Nur Yıldız
La capitale de l'empire: Constantinople centre de la décadence et de l'oppression/les relations tendues entre Istanbul et Konya

La conférence portera un regard original sur les relations entre le pouvoir politique de Constantinople/Istanbul et l'Anatolie. On abordera d'abord la cérémonie de réception du souverain de Konya, le sultan seldjoukide Kılıç Arslan II, en 1162, lors de sa visite à Constantinople pour tenter d'établir de bonnes relations avec l'empereur Manuel II. Nous nous fonderons sur l'œuvre de Kinnamos qui offre une représentation haute en couleur de la manière dont l'empereur a reçu le Turc “barbare” pour montrer son faste et sa puissance, dans un contexte tendu. Le séisme survenu pendant la visite fut jugé par les Byzantins comme un signe néfaste. Dans un deuxième temps, nous étudierons comment Istanbul devenue capitale ottomane était considérée comme un centre d'oppression par les habitants de Konya et Karaman. Nous traiterons de l'œuvre intitulée Histoire des Karamanoğlu, écrite au XVIe siècle à Şikari et qui idéalise la souveraineté déchue des Karamanoğlu face au pouvoir oppresseur d'Istanbul après la conquête ottomane.

9 décembre 2009 - Aygül Ağır, maître de conférences
Un aspect d'Istanbul, centre de commerce : Les Vénitiens sur la péninsule historique (XIe-XVe siècles)

La convergence d'importantes routes terrestres et maritimes d'est en ouest et du nord au sud, ainsi que l'existence d'un port naturel protégé sur la Corne d'or, ont fait d'Istanbul l'un des plus importants centres commerciaux de l'histoire. Au Xe siècle, la région a commencé à être convoitée par les Latins. Au Moyen-âge, les leaders du commerce italien, villes Etats reliées par la mer, principalement Vénitiens et Gênois, ont ressenti le besoin d' « étapes » sûres qui leur permettraient d'aller au loin pour faire du commerce. L'Istanbul byzantine, où des commerçants de diverses origines et nationalités se mêlaient et dispersaient, était l'étape la plus importante pour les colonies commerciales italiennes, et devint à partir du XIe siècle un espace particulièrement attractif. Les Latins commencèrent par s'établir sur la rive sud de la Corne d'or.
Dans cette conférence, on s'appuiera sur des sources originales pour étudier les acteurs vénitiens du commerce médiévale dans la zone de Tahtakale-Eminönü, encore aujourd'hui très attractive pour le commerce. On résumera aussi la situation de la zone après la conquête ottomane.

13 janvier 2010 - Feridun Emecen, professeur.
Une facette oubliée d’Istanbul: la capitale maudite

Dans la tradition historique ottomane, Istanbul  n’est pas seulement exaltée comme la mère des villes, l’incomparable, celle dont on n’échangerait pas une pierre contre tout le royaume perse; elle est aussi évoquée dans un sens contraire, peut-être du fait des catastrophes qu’elle a subies. Cette définition négative d’une ville « maudite par Dieu, et par conséquent jamais épargnée par les catastrophes » est la matrice d’une partie de la littérature ottomane avant et après la conquête. Cette tradition semble venir des Arabes musulmans qui considéraient la conquête de Byzance comme un symbole de courage religieux. Même si les expressions en sont limitées, des opinions semblables semblent avoir été partagées par le peuple, surtout si l’on suit les sources religieuses. C’est ainsi que s’est mise en place dans les esprits l’image d’une ville funeste, de mauvaise augure, nourrie par les récits d’apocalypse des mythes et textes religieux.

10 février 2010 -  Tülây Artan, professeur
Istanbul, centre de la science: les bibliothèques, nouveaux lieux d’émulation au XVIIIe siècle.

Il est avéré qu’à la fin du XVIIe siècle, aux bibliothèques des mosquées, tombeaux et couvents de derviches se sont ajouté des bibliothèques abritées par des édifices qui leur étaient spécialement consacrés, tout en continuant d’appartenir à des complexes religieux. Les bibliothèques, domaine dans lequel la famille Köprülü fut pionnière, attirent l’attention par leur organisation et leurs activités nouvelles. Au début du XVIIIe siècle, la Cour revenue d’Edirne à la capitale tente de rendre à Istanbul sa splendeur passée, après 60 ans d’abandon, de destructions et d’incendies ; parallèlement nous voyons les bibliothèques des fondations du sultan et des grands de l’Etat rivaliser pour acquérir les publications, traductions et copies.

Cependant, nous sommes mal renseignés sur les livres donnés ou supposés être donnés à ces bibliothèques, ainsi que sur leurs lecteurs. Nous étudierons ici les différentes dimensions de l’émulation qui visait à rendre à la capitale son statut de centre scientifique. Pour ce faire, nous comparerons avec les collections de l’époque les livres qui apparaissent dans les inventaires après décès du grand vizir Ibrahim Pacha, tué sauvagement lors du soulèvement de 1703, de l’intendant du grand-vizir Mehmed Efendi et du commandant de la flotte Mustafa Pacha. Nous nous demanderons aussi si cette émulation peut être considérée comme annonciatrice de l’élargissement de l’espace public, de la naissance du sécularisme et du développement de la pensée scientifique rationnelle ou de l’académisme.  

10 mars 2010 - Edhem Eldem, professeur
Istanbul aux XVIIIe et XIXe siècle : Changement et développement

La capitale de l’Empire ottoman a connu un processus très important de changement aux XVIIIe et XIXe siècle. Notre intervention se penchera sur les dynamiques et aspects principaux de ce changement, en étudiant notamment la part respective des influences locales et extérieures, le changement dans la perception de la ville et les tensions entre la modernisation et la périphérisation.

 

C.Les conférences sur la ville et la littérature

Le troisième mercredi de chaque mois, de 18h30 à 20h30, sur les villes qui enfantent des écrivains.

21 octobre 2009 - Roni Margulies
Une vie, un poème, deux villes

Quand j'ai eu quatorze ans,
je me suis rendu compte que j'avais passé
la moitié de mes années à Londres,
et l'autre à Istanbul.

Et cette année, un jour, à quarante ans,
En me promenant sans but dans les rues de Londres,
Je me suis rendu compte que chaque coin de la ville,
Arrêt d'autobus, statue, méandre du fleuve
Me racontaient une vieille histoire.
Je me suis rendu compte que je parlais à chaque pierre de la ville
(comme si je saluais tout le monde en me promenant
Dans la rue principale d'une bourgade).
Comme si un enfant chenapan, un canif à la main, avait gravé,
Partout dans la ville, les initiales RM. 

D'après le poème de Roni Margulies, “Histoire de deux villes”

18 Novembre 2009 - Herkül Millas
L'aventure des minorités dans les romans d'Istanbul : 1872-2003

Jusqu'aux années 1980, la plupart des romans turcs se déroulent à Istanbul. Presque dans tous ces romans apparaissent des membres de ce qu'on appelle aujourd'hui les minorités. Les auteurs vivant à des époques différentes et ayant des visions du monde différentes ont portés des jugements variés sur les minorités, par exemple les Rum. L'histoire de ces personnages éclaire l'identité de ces écrivains. Lire les romans de ce point de vue, aide à comprendre les perceptions ethniques dominantes dans la société. Quant à la diversité des personnages et aux différences entre les auteurs, elles illustrent les dynamiques qui parcourent la ville.

16 décembre 2009 - Ayfer Tunç
Chacun est le meilleur amant de sa ville

Pourquoi les amants des villes sont-ils attachés à leurs villes? Par exemple les ceux d'Ankara ou d'Izmir…. Le mépris secret d'Istanbul pour toutes les autres villes rend-il les amants de ces villes plus amoureux? Pour moi, Ankara est une ville masculine alors qu'Istanbul est féminine. Ankara, c'est le “nous”, et Istanbul, le “je”. S'il s'agissait de romans, Ankara serait Crime et châtiment, Istanbul Anna Karénine. Ankara est le père lié au foyer, Istanbul l'amant recherché partout. Mais pourquoi en est-il donc ainsi pour moi? 

20 janvier 2010 - Mıgırdiç Margosyan
 Ma route a commencé dans un quartier “gavur” (chrétien)

“Cehü” était le nom kurde pour désigner les juifs. Nous les chrétiens, nous appelions les juifs “Moşe” (Moise). Les chrétiens étaient appelés “gavur” ou “fılle” mais parmi eux, il y avait des Arméniens, des Syriaques, des Chaldéens, des Pirotes.
Les Arméniens appelaient les Syriaques “Asori”. Et alors que les musulmans utilisaient le mot “gavur” pour tous les chrétiens, les chrétiens désignaient l’ensemble des musulmans par le terme “Dacik”.
Mais la vérité; c’est qu’il y avait d’un côté les fous, et de l’autre les Dacik, les Gavur, les Haço, les Alévis, les Yézidis, les Arméniens, les Turcs, les Kurdes, les Chaldéens, les Syriaques, les Asori, les Pirotes, les Fılle, les Moise, les Cehü, les Druzes!
Et puis les Grecs, qui n’entraient dans aucune de ces deux catégories, mais impossible d’en trouver un seul à Diyarbarkir. Peut-être en restait-il quelque part, mais quand vous en cherchiez un, impossible de mettre la main dessus.
Mıgırdiç Margosyan, récit, Dis Margos, d’où viens-tu?, Aras Yayıncılık, avril 1995, İstanbul.  Texte de couverture...

17 février 2010 - Deniz Kavukçuoğlu
Grandir dans la rue

“.....Le garçon qui débarrassait les verres à thé vides m’avait regardé en disant “Ce n’est pas un endroit pour toi ici”… Je n’avais pas répondu. Ce café où passaient les clients des maisons closes, les chômeurs fatigués de tuer le temps, les vendeurs à la sauvette de l’Alageyik, les joueurs de petite frappe, les voleurs à la tire, les voyous, les vendeurs de drogue ou de cannabis, je lui trouvais un côté “mystérieux” que ce serveur ne pourrait pas comprendre. À chaque fois que j’y venais, je sentais mon esprit s’apaiser, se vider, et grâce à ce vide je pouvais plus facilement revenir à mon passé. Ici, ma mémoire se ravivait et  des images anciennes que je pensais effacées me repassaient devant les yeux…
..Le mystère toujours ressenti mais jamais résolu de ce café peut-il venir de Galata, ancien “lieu d’exil”?
Deniz Kavukçuoğlu, Alageyik Sokağı Bir Liman mıydı? [La rue Alageyik était-elle un port?], 2ème édition, Istanbul: Can Yayınları, pp. 303-304.

17 mars 2010 - Ender  Özkahraman
Les quartiers d’habitats précaires, des rêves de bric et de broc

Scène 46
Le centre ville. Au café / Dehors – de jour:

EFRAYİM – Tu vas mourir!
Abdurrahman se rapproche et le regarde comme s’il voulait lui extirper sa colère. ABDURRAHMAN – Qu’est-ce que tu as dit? Tu peux répéter ce que tu viens de dire?
EFRAYİM – Tu vas mourir!
Abdurrahman gifle Efrayim violemment… Puis il s’éloigne avec son ami.  Efrayim, s’effondre sous l’effet du coup violent reçu sur son visage.
Harun se lève brusquement et arrive auprès d’Efrayim en deux pas. Le sang qui coule du nez d’Efrayim forme un sillon jusqu’à sa bouche. Harun comprime le nez d’Efrayim avec le mouchoir en papier qu’il a sorti de sa poche et l’aide à se relever. Après s’être relevé, il se rapproche du café et s’assied sur un tabouret. Quand Efrayim veut baisser la tête, Harun l’en empêche en lui tenant la mâchoire.
HARUN – Ton sang coule encore Efrayim, redresse la tête… Oui, comme ça.
Efrayim reste ainsi un moment, les yeux tournés vers le ciel. Harun garde la main sur son nez pour le comprimer. En entendant qu’Efrayim prononce des paroles incompréhensibles, Harun retire sa main.
...
HARUN – Ha! Qu’est-ce que tu dis? Allez, dis ce que tu as à dire!
EFRAYİM – Tu vas mourir!

Ender Özkahraman, film Hayatın Tuzu [Le sel de la vie], scénario.

 

D.Conferences d’histoire et d’archeologie Byzantines

Le quatrième mercredi de chaque mois, entre 18h30 et 20h30, discussions sur les fouilles archéologiques de Turquie.

25 novembre 2009 - Prof. Turgut Saner
Büyükkarapınar, le village de l'empereur Zénon, et l'église de Saint Socrates

Le village de Büyükkarapınar, dans le district de Başyayla lié au département de Karaman, abrite des vestiges de la ville de Zenonopolis, lieu de naissance de Zénon, empereur romain d'Orient. De nos jours, il reste peu de traces de la ville de la fin de l'Antiquité: la plus importantes est l'église qui se trouve dans les estivages du village. L'édifice peut être relié à Saint Socrates, grâce à une inscription découverte au début du XXe siècle et emportée à Braunsberg (aujourd'hui Braniewo, en Pologne). Le site, ses environs et l'église ont été étudiés en 2008-2009 par des membres de la faculté d'architecture de l'ITÜ.

23 décembre 2009 - Haluk Çetinkaya, maître de conférences
Les traces de l'art Byzantin-Italien dans la première église gothique de Turquie, Arap Cami

La mosquée Arap Cami était à l'origine une église byzantine qui a subi de nombreuses transformations au cours des siècles. L'importance des matériaux byzantins qu'on y trouve signale l'existence d'une autre église au même endroit. Le nom d'Arap Cami vient de la croyance que l'église avait été transformée par Mesleme bin Abdülmelik en mosquée, et souligne le respect que la population éprouvait pour les grands personnages de l'Islam. L'édifice d'aujourd'hui a probablement été construit dans la première moitié du XIIIe siècle, comme église Saint-Paul. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, l'église a été donnée aux Dominicains.
Les peintures murales dont on connaissait l'existence dans les années 1920 mais qui sont redevenues visibles après le séisme de 1999 et la chute des enduits, font la spécificité de l'édifice. Ces peintures représentent des sujets religieux dans le style byzantin mais aussi des saints catholiques, et sont uniques en Turquie.

En 1453, après la conquête, l'édifice a continué d'être utilisé comme église puis transformé en mosquée, sans doute en 1475/76. En effet, la plus récente des stèles funéraires de l'église date de 1475, et on sait que les religieux dominicains ont déménagés au monastère de Saint Pierre en juin 1476. Après la transformation en mosquée, on peut supposer que l'afflux d'Arabes forcés d'émigrer d'Andalousie dans cette zone a motivé l'appellation d'Arap Cami.

27 janvier 2010 - Koray Durak, maître de conférences
L’Empire byzantin et le commerce extérieur en l’an 1000

Avec le développement rapide de son secteur  militaire, les caisses de son trésor pleines d’or et sa production artistique dont les plus beaux exemples étaient visibles à Constantinople, l’Empire byzantin était un des centres d’attraction les plus importants du bassin méditerranéen et de l’Eurasie. L’un des principaux fondements des progrès militaires et de la production artistique était le progrès économique de Byzance. La croissance démographique et la hausse de la production et de la consommation liée à l’urbanisation n’étaient pas limitées au marché intérieur: c’était l’une des causes du développement des relations commerciales entre Byzance et ses voisins.  
Dans cette intervention, on étudiera le développement du commerce extérieur au premier millénaire entre Byzance, les Russes au nord, les Italiens à l’ouest et les musulmans au sud; on se penchera aussi sur la nature des biens échangés et les politiques d’import-export de Byzance.

24 février 2010 - Gülgün  Köroğlu, maître de conférences
La femme et les parures féminines à Byzance

Nos connaissances sur les femmes de Byzance concernent surtout les membres de familles aristocratiques et fortunées. Outres les images de Marie, Eve et celles de saintes, les sources visuelles offrent principalement des représentations d’impératrices et d’aristocrates. Quant aux femmes du  peuple, on les trouve dans des compositions religieuses, au milieu de la foule, comme dans les représentations de la venue du Christ à Jérusalem ou de la multiplication des pains et des poissons. Les miniatures des livres à sujet profane représentent des femmes de la vie active tissant la laine, cousant des tissus, travaillant dans les champs ou les jardins, trayant les vaches ou portant de l’eau sur leurs épaules. On connaît l’existence de nombreuses femmes religieuses vivant dans les monastères. Il existait également des femmes actrices ou danseuses, considérées par les juristes et les moralistes comme des prostituées, ainsi que des pleureuses professionnelles pour les enterrements. Les registres fiscaux contiennent les noms de veuves gérant de grands terrains et des fermes. Les femmes d’origine aristocratique et aisée jouaient un rôle actif dans la société : on comptait parmi elles des écrivains, des calligraphes, des bibliophiles, des mécènes et des fondatrices de monastères, et elles s’engageaient souvent en politique.

Cette conférence se penchera sur le mode de vie des femmes du palais et du peuple, la vie domestique, les métiers féminins, les coutumes matrimoniales, les vêtements et les parures féminines.

24 mars 2010 -  Ayça Tiryaki
Le monastère de Kisleçukuru : un monastère byzantin méconnu d’Antalya

Le monastère de Kisleçukuru est l’un des édifices byzantins d’Anatolie bien conservés, situé dans la région montagneuse à l’ouest du golfe d’Antalya. Les bâtiments dont on ignore le nom révèlent une structure architecturale conforme au plan général. Il se compose d’un groupe d’édifices entouré d’un mur d’enceinte et d’une église monastère au centre. Les édifices du monastère répondaient aux besoins de la communauté monastique : dépôt de vivres, ateliers, cellules pour les moines, citerne, réfectoire, cuisine. A l’extérieur du mur d’enceinte sont visibles les ruines d’une chapelle funéraire et d’un aqueduc, conformément au schéma du monastère byzantin. A partir des données architecturales du monastère, fondées sur l’histoire de la région, nous pouvons affirmer qu’il s’agit d’un édifice de la période méso byzantine, datant de douze siècles. Les éléments trouvés en surface semblent indiquer qu’il fut réutilisé à l’époque seldjoukide.