De l’assurance incendie à l’histoire urbaine
Au XIXe siècle, alors que la modernisation s’est accélérée et que les incendies fréquents ont influencé les transformations urbaines d’Istanbul, différents modèles de mesures à prendre contre ces catastrophes ont été élaborés, notamment après l’incendie de Beyoğlu de 1870. Les compagnies d’assurance étrangères ont ouvert des succursales à Istanbul et se sont chargées de dresser des cartes représentant le risque d’incendie dans la ville. Charles Edward Goad a établi des planches des quartiers de Kadıköy, Pera, Galata et Eminönü dans les années 1904-1906 pour sa compagnie basée à Londres. Selon les informations données par le site de la British Library à l’adresse http://www.bl.uk/collections/map_fire_insurance.html , la compagnie a continué à établir des plans pour l’assurance incendie jusqu’en 1970. La collection des archives de la Banque ottomanes (OBA) contient les planches de Goad pour Istanbul et Izmir. Le premier tome, achevé en septembre 1904, comprend la zone d’Eminönü-Beyazıt; le deuxième tome achevé en décembre 1905, la zone de Galata et Péra; le troisième, achevé en avril 1906, la zone de Kadıköy-Haydarpaşa-Moda. Ils sont conservés à Londres, au Stationers Hall. Les sites de la British Library http://www.bl.uk/collections/map_fire_insurance.html , de la Bibliothèque Nationale du Québec http://www4.bnquebec.ca/cargeo/htm/a28.htm et de la Bibliothèque publique de Toronto http://www.tpl.toronto.on.ca/localhistory/atlases.html , attestent que les planches de Goad concernaient outre les villes ottomanes des métropoles comme Londres, Montréal ou Toronto.
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Plan du Centre du tabac de Samsun
Topographe: Jacques Pervititch
Collection OBA
APLPESAM01
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Le deuxième travail cartographique qui concernait presque tout Istanbul fut réalisé dans le prolongement de celui de Goad entre 1922 et 1945 pour le Département central des assureurs de Turquie par Jacques Pervititch, d’origine croate et formé au lycée français Saint-Joseph d’Istanbul. Les cartes montrent l’état ancien des quartiers d’Istanbul, le tissu urbain et les anciens noms de rues d’Istanbul avant les constructions en béton armé et les avenues percées grâce aux nouveaux travaux de construction. Les anciens noms de rue dont beaucoup ont changé aujourd’hui figurent sur ces cartes. Les relevés de 1945 ont durés jusqu’en 1945 et comprennent les zones de Beşiktaş, Beyazıt, Üsküdar, Kadıköy, Taksim, Beyoğlu et Eminönü. Sur la planche 32 des cartes de Pervititch trouvées dans les archives d’AXA-Oyak et correspondant à Çukkurcuma, une inscription à la main du topographe renvoyant à la planche 32 A dessinée par Suart Nirven pour la suite du plan signale que c’est Suat Nirven, diplômé en 1932 de l’Académie des beaux-arts, qui a poursuivi le travail. De ce point de vue, on peut dire que les planches de Goad, Pervititch et Suat Nirven se suivent les unes les autres. Les plans de Suat Nirven de la collection de l’OBA comprennent les environs de Beyoğlu, Eminönü, Galata, Karaköy, Mahmutpaşa et Sultanahmet. La présence dans les données de l’Annuaire oriental du commerce de l’année 1909 de la compagnie d’assurance S. Raymund and Co., représentante générale du Crédit Foncier Ltd., peut être mise en relation avec le topographe César Raymund dont les planches de parcelles se trouvent dans la collection de l’OBA. On voit ainsi combien à cette époque le tracé de plans et l’assurance était deux domaines imbriqués l’un dans l’autre.
Dans les années 1930, des guides de villes comprenant des plans détaillés furent publiés par les assemblées municipales afin que la population puisse apprendre la nouvelle organisation administrative avec ses divisions en cantons, districts et quartiers. Dans un texte intitulé “Pourquoi et comment le guide a-t-il été fait” de son guide de la ville d’Istanbul daté de 1934, Osman Nuri Ergin résume la mentalité des plans de ville tracés à cette époque: «Je n’ai pas besoin de dire à quel point un guide est nécessaire pour une ville. Il est indiscutablement vrai que les employés de la municipalité, de la Poste de la justice, de l’état-civil et des finances, que les policiers, les chauffeurs, les sociétés anonymes travaillant pour les services publics dans la ville, en bref, tous les locaux et les étrangers qui ont à faire dans la ville et y sont liés ont besoin d’un guide. » Necip, le cartographe de la municipalité prépara, à la place des plans de ville cadastraux, des plans pouvant servir de guide d’orientation dans la ville pour tous. Durant ces années là, les guides de ville utilisèrent dans une grande mesure les plans de Necip. La différence entre ces cartes et les planches d’assurance était que les limites de quartier étaient plus nettes. On peut dire que dans les années 1950, l’initiateur des planches qui nous présentent le visage de l’Istanbul moderne où le commerce battait son plein était Bülent Tuvalo.
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Ankara: Guide Touristique de Mamboury, guide de la ville, 1933
Collection OBK
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Istanbul Sehri Rehberi (Guide de la ville d’Istanbul), publié par la municipalité d’Istanbul, 1934
Collection OBK
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Couverture du livre Istanbul Touristique d’Ernest Mamboury, enseignant au lycée de Galatasaray et auteur de nombreux guides touristiques,
1951
OBK Koleksiyonu
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A cette époque, la figure la plus connue parmi les auteurs de guides de ville était le chercheur suisse Ernest Mamboury (1878-1953). Professeur de dessin à Lausanne en 1906, Mamboury vint en 1909 en congé à Istanbul et ne quitta plus la ville, démissionnant de son poste en Suisse. Peintre et topographe, il contribua aux travaux des archéologues de Turquie et traça pour eux des plans et relevés. Il fut ensuite connu comme auteur de guides. À partir de 1921, il donna des cours de français et de dessin géométrique au lycée de Galatasaray et dans certaines écoles étrangères.
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| Le guide de Mamboury sur les Iles aux Princes, 1943, Collection OBK |
Plan de Heybeliada tracé par Manboury pour le guide des Iles aux Princes, 1943, Collection OBK |
L’Istanbul historique et son reflet sur les cartes de l’histoire ottomane
Un autre centre d’intérêt de ces plans était la topographie historique des villes, notamment celle d’Istanbul. Tout autant que les topographes, les voyageurs, les orientalistes et les archéologues ne se contentaient pas de jeter sur le papier leurs impressions de la ville et utilisaient des outils plus précis comme les plans et cartes. L’orientaliste autrichien Joseph von Hammer-Purgstall (1774-1856), dans son œuvre intitulée Histoire ottomane, a inclus les cartes de Kauffer et Hellert représentant les territoires ottomans d’Europe, d’Asie et d’Afrique ou les événements symboliques de l’histoire ottomane.
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Guerre d’Ankara, 20 juillet 1402
Extrait de l’Histoire de l'Empire ottoman de Joseph von Hammer-Purgstall, carte de J. J. Hellert, planche 26
Collection OBA
APLHM27
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De la même manière, le cartographe de la marine française Jacques Nicolas Bellin, membre de l’Académie de Marine et de la Royal Society of London inclut dans son Petit Atlas maritime (1764) un plan de la ville d’Istanbul. Le cartographe Heinrich Kiepert (1818-1899) qui enseigna la géographie à l’université de Berlin à partir de 1854 visita l’Anatolie entre 1841 et 1848 et publia son ouvrage intitulé Karte des osmanischen Reiches in Asien , formé de cartes administratives de l’Anatolie (1844 et 1869). Son fils Kiepert (né en 1846) poursuivit la carrière de son père et publia en 1902 une nouvelle carte de l’Anatolie.
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Plan de ville d’Istanbul Sehri Plani, extrait du Petit Atlas maritime (1764) de Jacques Nicolas Bellin, tome 4, no. 125,
Collection OBA, APLBE01 |
Sandjak de Filibe, Kiepert, 1876
Collection IFEA, APLHK02 |
La topographie historique d’Istanbul a continué de passionner les chercheurs locaux au XXe siècle. İsaak Miltiadis Nomidis (1884-1959) traça des cartes concernant la topographie et l’archéologie d’Istanbul à l’époque byzantine. L’ingénieur et historien de l’architecture Ekrem Hakkı Ayverdi travailla brièvement au département des Travaux publics de la préfecture d’Istanbul puis devint entrepreneur en bâtiment et effectua des travaux de réparation et restauration de bâtiments anciens. Parallèlement à ses ouvrages Fatih Devri Mimarisi [L’architecture de l’époque de Mehmet le Conquérant], Fatih Devri Hattatları ve Hat Sanatı [Les inscriptions et la calligraphie à l’époque de Mehmet le Conquérant] publiés en 1953 et Fatih Devri Sonlarında İstanbul Mahalleleri, İskanı ve Nüfusu [Les quartiers, l’aménagement et la population d’Istanbul à la fin de l’époque de Mehmet le Conquérant] publié en 1958, son livre intitulé Carte d’Istanbul au XIXe siècle (1958, réédité en 1978) contient des relevés d’Istanbul intra-muros.
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| Galata'nin Arkeolojik Topografyasi [Topographie archéologique de Galata], ouvrage né de la collaboration de Nomidis et Schneider. Un texte explicatif accompagne le plan.
Collection OBA, APLSNO01 |
Les cartes et plans réalisés avec divers objectifs peuvent constituer une source éclairante pour l’histoire urbaine, militaire, sociale, économique et administrative. En outre, ils nous permettent de donner un sens à la structure actuelle des villes en les resituant dans une perspective historique, de développer notre sensibilité à la préservation du patrimoine et du tissu historique des ville, et ainsi d’établir une planification urbaine plus raisonnée.
Bibliographie
Ekrem Hakkı Ayverdi, « Dünden Bugüne İstanbul Ansiklopedisi, c. 1 » içinde, Tarih Vakfı, İstanbul, c1993.
İlhan Tekeli, İnsanın Çevresini Bilme, Denetleme ve Yorumlama Aracı Olarak Haritalar, « Jacques Pervititch Sigorta Haritalarında İstanbul » içinde, Axa Oyak, İstanbul, 2000.
İstanbul Şehri Rehberi, İstanbul Belediyesi, İstanbul, 1934.
Murat Güvenç, Pervititch Haritaları: İstanbul için Bitmemiş Bir Araştırma Projesi, « Jacques Pervititch Sigorta Haritalarında İstanbul » içinde, Axa Oyak, İstanbul, 2000.
Müsemma Sabancıoğlu, « İstanbul'un Sigorta Haritaları ve Jacques Pervititch », Toplumsal Tarih, sayı 82 (2000), s. 32-38.
Pervititch Planları, « Dünden Bugüne İstanbul Ansiklopedisi, c. 6 » içinde, Tarih Vakfı, İstanbul, c1993.
Semavi Eyice, Ernest Mamboury, « Dünden Bugüne İstanbul Ansiklopedisi, c. 5 » içinde, Tarih Vakfı, İstanbul, c1993.
Uğur Güracar, İsaak Miltiadis Nomidis, « Dünden Bugüne İstanbul Ansiklopedisi, c. 6 » içinde, Tarih Vakfı, İstanbul, c1993.
http://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Kiepert
http://en.wikipedia.org/wiki/Jacques-Nicolas_Bellin
http://en.wikipedia.org/wiki/Joseph_von_Hammer
http://www.kultur.gov.tr/portal/turizm_bakanlik_tr.asp?belgeno=3394
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