La presse locale et étrangère dans le monde ottoman …

La presse en ottoman commença à se développer dans l’Empire à partir des années 1860. L’homme d’Etat Agâh Efendi et le poète et écrivain Şinaşi, fondateur de l’association des jeunes ottomans lancèrent le Tercümân-ı Ahvâl , premier journal turc d’initiative privée, le 21 octobre 1860. Une nouvelle période s’ouvrit dans l’histoire de la presse. W. Churchill, le propriétaire du journal Cerîde-i Havadis, fit paraître à la même date le Rûznâme-i Cerîde-i Havadis. Le 27 juin 1862, Şinaşi commença à publier le Tasvîr-i Efkâr, premier journal à faire une place à l’histoire scientifique. Lorsque Şinaşi fuit à Paris en 1865, il fut remplacé par Namık Kemal. Le Tasvîr-i Efkâr commença alors à aborder des sujets tels que l’éducation des femmes, les études de médecine en turc, la sécurité d’Istanbul ou les problèmes de la langue turque. Le journal élargit son public. En 1867, l’écho que rencontre la campagne de soutien aux musulmans de Crète dans le journal Muhbir, publié par un autre jeune ottoman, Ali Suavi, démontre l’influence croissante des journaux sur la société. Parallèllement, la Sublime Porte lance à Istanbul la publication de el-Cevâib, journal en arabe visant à contrer l’influence des jounaux en arabe publiés en Europe.

En 1864, le règlement sur l’imprimé supprime la censure préalable et confie au tribunal du Conseil d’Etat la fonction de juger les crimes de presse. La presse en français perd alors de son influence. La nouvelle loi soumet la fondation d’un nouveau journal au contrôle du pouvoir central. En mars 1867, la “résolution d’Ali” publiée sous le Grand-vizir Ali Pacha, reconnaît à l’Etat le droit de poursuite en dehors du cadre de la loi sur la presse, si les intérêts de l’Etat l’exigents. A la suite de cette résolution, Ali Suavi, Namık Kemal et Ziya Beyler sont contraints de fuir à Paris et publient les premiers journaux en turc de la presse en exil dans diverses villes d’Europe.

Dans les années 1870, les Jeunes ottomans commencent à rentrer au pays mais jusqu’à la mort d’Ali Pacha, le contrôle sur la presse ne se relâche pas. Durant cette période, les journaux publiés par les Jeunes ottomans défendent les droits des Turcs-Musulmans, considérant que les Tanzimat ont assuré aux non-musulmans une position prédominante. Ils critiquent les politiques des Etats européens et les errances du gouvernement ottoman, appelant à la formation d’une nouvelle mentalité, de nouvelles idées. Le journal İbret, qui passe en 1872 sous la direction d’Ahmet Mithat et est dominé par la figure de Namiık Kemal, devient le porte-parole des Jeunes ottomans radicaux. Le fait qu’il ait été interdit pour quatre mois, seulement un mois après sa publication, montre son influence sur le public. Le contrôle de la presse se renforce avec les difficultés du régime et en 1873 commence à toucher aussi les journaux satiriques.

Réclames en russe, français, et ottoman dans la revue mensuelle en russe intitulée Représentation commerciale de l’URSS en Turquie, 1927, nº 6.

L’article 12 de la Constitution promulguée en décembre 1876 proclame la liberté de la presse mais les divergences entre Abdülhamid II, partisan d’un contrôle plus sévère, et le Grand-vizir Mithat Pacha aboutissent à l’exil de Mithat Pacha. De 1876 à 1908, la période du despotisme hamidien, la presse évite d’aborder les questions politiques et se contentent de relater les évolutions du commerce et de l’industrie. Le Tercümân-ı Hakikât, publié à partir du 26 juin 1878 et popularisé par la figure d’Ahmet Mithat, devient le journal emblématique de l’époque.

La censure hamidienne influença aussi la presse. Les près de 40 publications qui sortaient à l’époque étaient les bulletins des chambres de commerce ou concernaient la médecine, la littérature et les arts.

Avec la proclamation de la Seconde Période Constitutionnelle le 24 juillet 1908, l’administration répressive qu’avait fondée le régime d’Abdülhamid II laissa place à une liberté que le pays n’avait jamais connu. Au point que certains historiens parlent d’une “période de folie pour la presse”. Le lendemain de la révolution, la publication de journaux n’étant pas passés par la censure préalable changea le régime de presse. Après le coup de force du 31 mars, la loi sur la presse qui fut promulguée en juillet 1909 ne contenait pas d’article sur la censure mais prévoyait des restrictions à la liberté de la presse si les fondements de l’Etat étaient ébranlés, pour préserver le sultan et les religions et éviter les soulèvements. La presse était alors divisée entre les Unionistes et leurs opposants mais toutes sortes de courants de pensée pouvaient s’exprimer. Les tirages augmentèrent et de grands projets furent effectués dans le domaine de l’information et des techniques. L’utilisation du téléphone facilita l’accès aux sources d’informations tout en augmentant la qualité des nouvelles. Si certains utilisaient le journalisme pour faire carrière en politique, d’autres le choisissaient comme un métier, tels  Yunus Nadi, Hüseyin Cahit, Necmettin Sadık ou Ali Naci.

Les photo-reporters de l’époque…

L'Orient Illustré, 10 avril 1875, publicité pour le journal

L’intérêt suscité par l’Orient au XIXe siècle et le souci de couvrir les événements quotidiens ou politiques de l’Empire conduirent de nombreux journaux et revues à y envoyer des photo-reporters. Pendant la guerre de Crimée (1853-56), l’alliance des Ottomans avec la France et l’Angleterre fit affluer les reporters de guerre dans l’Empire. Des peintres orientalistes, tels François-Claude Hayette (1838-?), Montani, Henri Pierre Blanchard (1805-1873), Fabius Brest (1823-1900), Giovanni Brindesi, Louis Ernest, Alberto Pasini (1826-1899), Preziosi, Alexandre Bida (1823-1895), Stanislaw Chlebowski (1835-1884) firent également des croquis pour ces revues et journaux, parmi lesqueles on peut citer L'Illustration, Le Tour du Monde, Le Monde illustré, Illustrated London News. Par la suite, l’illustration turque se développa aussi avec des revues comme Şehbal et Malûmat..

 

 

 

La presse de l’entre-deux guerres…

Couverture du Malumat, journal illustré publié de 1893 à 1901, 15 juin 1316 [1898], collection OBA.

Si l’on peut parler d’une presse en exil pour  l’époque d’Abdülhamid II, la   Première guerre mondiale conduisit à la naissance d’une «presse d’Occupation ». L’Empire ottoman prend le parti de l’Allemagne mais la presse française garde son influence, quoique affaiblie, ce qu’on peut expliquer par le fait que le français était la langue universelle de l’époque et que les organes de presse étaient sensibles aux préférences linguistiques de leur lectorat. Au cours de la guerre, l’importance de la presse se renforce. Les conditions de guerre imposent un contrôle obligatoire de la presse. La loi du 25 août 1914 interdit ainsi de publier des articles sur la situation militaire de l’Empire sans avoir l’autorisation de la censure militaire. A la fin de 1917, le thème de la paix devient dominant. Après la défaite de l’Empire ottoman et  l’armistice de Mondros signé le 30 octobre 1918, la presse connaît une effervescence idéologique. Elle se divise entre les partisans du mouvement de libération nationale en Anatolie  et ses adversaires. Tous les éditoriaux et nouvelles sont orientés par cette division et les règlements de compte sont nombreux. Le haut commisariat ajoute une censure à la censure appliquée par L’Etat. Ces divergences ne cessent pas avec la proclamation de la république. Jusqu’à la IIe guerre mondiale, la presse en français s’adresse prioritairement aux étrangers du pays et des autres pays. Certains journaux en turc publient des suppléments en français, consacrés à la production industrielle et agricole en Turquie, transmettant le message que l’évolution économique et sociale de la Turquie la rapproche des normes occidentales et que le processus d’occidentalisation est avancé. L’Economiste d’Orient fondé par Reşit Safet( Atabinen),  L'Information d'Orient, organe de presse de l’Office Commercial Français de Constantinople), Le Petit Journal illustré fondé par Mehmed Zeki Bey, les numéros en français de Cumhuriyet, Akşam, Milliyet et Tanine, La République et  La Turquie kémaliste, journal publié à l’initiative du gouvernement sont les principales publications de cette époque.

La Turquie Kémaliste, page de couverture Décembre 1937, nº 21-22 Au IIe Congrès d’Histoire turque des 20-26 septembre 1937, La Turquie Kémaliste, Décembre 1937, nº 21-22

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