De l’orientalisme à la photographie de Palais …

L’expédition d’Egypte de Napoléon  en 1798 et l’ouverture du Canal de Suez en 1869 favorisèrent le développement de l’orientalisme en France et Angleterre. Avec les évolutions politiques, l’intérêt pour l’Orient s’accrut et exigea des représentations plus réalistes de l’Orient. Les observateurs occidentaux s’intéressèrent alors à la vie quotidienne dans l’Empire. Près de 160 artistes visitèrent Istanbul au XIXe siècle, parmi lesquels Camille Rogier (1810-1893), Amadeo Preziosi (1816-1882), Joseph Schranz (1803-1853), Leonardo de Mango (1843-1930), Fausto Zonaro (1854-1929) et Valeri Salvatore (1856-1946) .

De même que la peinture, la photographie est un instrument de l’orientalisme, avec ses représentations réalistes. Comme les peintres, les photographes occidentaux furent nombreux à se rendre dans l’Empire ottoman: Emile-Jean Horace Vernet, Frédéric Goupil Fesquet, Joseph-Philibert Girault de Prangey, George W. Bridges, Claudius Galen Wheelhouse, John Shaw Smith, Alfred-Nicholas Normand, Alphonse Durand, Dubois de Néhaut, Pierre Trémaux, Pietro Luchini, Claude-Marie Ferrier, Francis Bedford, Henri Bevan, Félix Bonfils, Frank Mason, Good, Charles Gérard, Jules Andrieu et bien d’autres…

D’origine écossaisse, James Robertson se rendit à Istanbul avec des techniciens anglais pour moderniser l’Hôtel des monnaies, en 1841. Graveur de sons métier, Robertson joua un Grand rôle dans la production de pièces et médailles ottomanes. Il ouvrit en 1855 un studio à Pera. Avec Felice Beato, il fut l’un des photo-reporters de la guerre de Crimée. Avec le français Ernest de Caranza, il est l’un des pionniers de la photographie ottomane.

Les photographes du Palais

Abdullah Frères
Années d’activité, 1858-1898

Viken Abdullah
Fondateur d’Abdullah Frčres (Biraderler), in The Photographers of Constantinople avec l’autorisation de
Bahattin Öztuncay

Connus sous le nom d’Abdullah Frères, Kevork, Hovsep ve Viken étaient trois frères arméeniens qui achetèrent en 1858 le studio du photographe allemand Rabach et s’installèrent à Péra. En 1863, une exposition internationale sur la production agricole et artisanale de l’Empire fut organisée à l’Hippodrome. Les frères Abdullah eurent ainsi l’occasion d’exposer pour la première fois leurs photos. Le 25 juin 1861, avec l’avènement d’Abdülaziz, grâce aux relations de Viken avec le grand Vizir Fuad Paşa, le studio Abdullah Frère put photographier les personnalités du cabinet du sultan. Ils poursuivirent leurs activités de photographes du Palais sous le règne d’Abdülhamid. Leurs panoramas d’Istanbul étaient en concurrence avec ceux de  Vassilaki Kargopoulo, Pascal Sébah ve Guillaume Berggren mais le panorama pris en 1865 à Beyazıt leur permit de s’imposer. En 1867, ils participèrent à l’exposition internationale de Paris où leurs photos eurent un grand écho. En 1870, ils devinrent membres de la Société française de Photographie.

Lorsque Vassilaki Kargopoulo fut nommé peintre du Palais, les frères Abdullah s’orientèrent vers le portrait mais connurent des difficultés financières. En1886, Kevork et Hovsep Abdullah s’installèrent au Caire où ils ouvrirent un studio. Les deux frères accompagnèrent le khédive d’Egypte Tevfik Paşa dans son voyage sur le Nil en 1887. Les photos prises alors leurs assurèrent des revenus. En 1893, Abdülhamid envoya 51 allbums à la librairie du Congrès des Etats-Unis pour faire connaître l’Empire ottoman. Une grande partie des photos avait été rpises par Viken Abdullah. Kevork Abdullah continua à travailler jusqu’en 1895 dans son studio du Caire. Lorsque leurs affaires se détériorent, ils vendirent le studio à Sébah & Joailler, en 1899. 

Vassilaki Kargopoulo
Années d’activité, 1850-1912

The Photographers of Constantinople, avec l’autorisation de
Bahattin Öztuncay

D’origine hellène,  Vassilaki Kargopoulo ouvrit son premier studio près du consulat russe dans les années 1850. En 1859-60, il s’addressait à toutes sortes de clients. Dans les années 1860, ses photos de costumes et vendeurs de rues d’Istanbul séduisent les touristes. Dans les années 1870, il se spécialise dans les vues et monuments d’Istanbul. En 1875, son panorama pris depuis la tour de Galata, montrant la construction d’un troisième pont entre Karaköy et Eminönü est le prmier modèle du genre. Le 24 avril 1877, lorsqu’éclate la guerre russo-ottomane, Kargopoulo est nommé photographe du Palais. En 1879, il participe à la foire de l’Industrie et des Beaux-Arts de Naples. Em ouvrant un deuxième studio près du lycée de Galatasaray, il contrôle toute la Grand-Rue de Péra. Il fonde aussi un studio à Edirne, alors ville cosmopolite.  Kargopoulo joue un rôle dans l’histoire de la criminologie ottomane. Sur l’ordre du ministre ottomane Kamil Paşa, en 1884 il photographie les détenus ottomans. Le but est d’envoyer ces photos au poste de police pour pouvoir repérer plus facilement les nouveaux crimes. Alors que sa 35e année d’activité était célébrée par diverses récompenses, il mourut soudainement d’une crise cardiaque à 59 ans. 

 

 Les autres studios de photo

Engin Özendes, extrait de Osmanli Imparatorlugu'nda Fotografçilik, 1839-1919, avec l’autorisation d’Engin Özendes

Sébah & Joaillier
Années d’activité, 1857-1908

D’origine levantine, Pascal Sébah ouvrit en 1857 un studio nommé «El Şark», dont la période la plus brillante fut inaugurée par sa participation à l’Exposition universelle de Vienne. Cette année-là, à l’occasion de la foire internationale organisée à Vienne, l’Etat ottoman fait préparer un livre en français intitulé «Les Costumes populaires de la Turquie en 1873», dont les auteurs sont Osman Hamdi Bey et Marie de Launay.  Le libre présente les costumes portés dans toutes les régions de l’Empire. L’idée venait du père d’Osman Hamdi Bey, ministre du Commerce, Ibrahim Edhem Pala. En 1872, celui-ci confia à Sébah la mission de photographier les costumes qui figureraient dans l’ouvrage. En 1881, un incendie réduisit en cendres les photos prises pendant des années par Sébah à İstanbul, Bursa, Edirne et Athènes. En 1885, il s’associa à Polycarpe Joaillier, avec lequel il acheta les archives d’Abdullah Frères en 1899. La coopération entre Sébah & Joaillier cessa au début du siècle.

 

 

 

 

 

 

Phébus (Boğos Tarkulyan)
Années d’activité, 1882-1936

D’origine arménienne Boğos Tarkulyan contribua à l’histoire de la photographie dans l’Empire et au début de la république, principalement par ses portraits. Il trravailla un temps comme photographe d’Atatürk. Les images d’Atatürk figurant sur les billets de , 50, 100, 500 et 1 000 livres imprimés le 5 décembre 1927 sont d’après ses photos.

Tarkulyan dit dans le journal  Malumat du 12 Eylül 1895 qu’il apprit la photo au studio des frères Abdullah. Son premier  studio recensé figure dans l’Annuaire oriental de 1882, à Pangaltı,  Büyükdere Caddesi. Le 27 novembre 1890, il obtint l’autorisation du grand vizir, le Chypriote Mehmed Kamil Paşa de  photographier le sultan à  Kağıthane et sur Bosphore. A cette époque, le studio de Tarkulyan fait des portraits artistiques. Certaines de ses photos figurent dans les 51 albums envoyés par Abdülhamid II à la librairie du Congrès américain. Dans les années 1900, il s’oriente vers des sujets militaires, politiques et littéraires. Grâce à sa proximité avec le palais, il est fréquemment appelé à photographier des membres de la dynastie. Ses photos prises avant et après la proclamation de la République ont une valeur documentaire.

Guillaume Berggren (1835-1920)
Années d’activité: 1870-1905

Guillaume Berggren
The Photographers of Constantinople, avec l’autorisation de
Bahattin Öztuncay

Né à Stockholm, d’origine suédoise, Guillaume Berggren apprend la photographie à Berlin et visite des villes comme Hambourg, Dresde, Lubliana et Bucarest. En 1866, il abandone le voyage qui devait le mener à Marseille à Istanbul et demeurera dans cette ville jusqu’à sa mort. En 1870, il ouvre un studio sur l’avenue de Pera et excerce se spécialise dans la photographie de paysages. Ses photographies des environs de Büyükdere et son panorama du Bosphore pris dans les années 1875-76 depuis la rive asiatique sont parmi ses oeuvres les plus importantes. Dans les années 1880, le studio de Berggren à Pera était connu des Scandinaves, Allemands et Autrichiens qui souhaitaient se faire photographier en souvenir de leur passage. En 1878, lors de la guerre russo-ottomane, il photographia les camps de soldats russes à Yeşilköy, la construction des chemins de fer anatoliens et l’ouverture  de l’Orient-Express. Les photos de la fabrique de tabac de Cibali et celles prises avec l’officier de l’armée ottomane d’origine allemande Goltz Paşa dans un voyage en train passant par İzmit, Adapazarı, İznik, Bilecik, Eskişehir, Manisa, Soma, İzmir, Salihli, Akşehir, Konya, Ayaş, Gümbet et Kütahya ont une grande valeur documentaire. Lorsque la demande des touristes diminua, il gagna sa vie en vendant des clichés pour les revues. En 1914, l’ambassade d’Allemagne acheta une partie des archives qu’il vendait. Elles sont encore conservées à l’Institut archéologique allemand.

La photographie ottomane se développa dans de nombreux studios, avec de nombreux photographes. Les frères Gülmez, Nikolaos Andriomenos et bien d’autres… L’incendie de 1870 parti d’une maison de la rue Valide Çeşme  et qui se répandit dans Tarlabaşı en détruisant la moitié de Péra marqua la fin de beaucoup de studios, parmi lesquels Paul Vuccino, Constantin Fettel, Tancrède Dumas, Mihran İranyan, Karakaşyan Biraderler, Jules Derain, Rafael Nazaret, Garabed Bağdasaryan, Jean Xanthopoulo, Dimitri Michailides, Mateos Papazyan, Antuan Zilpoşyan, K. Mozyan, F. Dussap, Stelios Konstantinidis, Konstantin Sofianos, Alkibiades Nikolaidis, Neoklis Meraklis, Kirkor Derarsen, Garabed Pabuçyan, Theodor Vafiadis et Mıgırdiç Çobanyan.

Dans les années 1860, l’enseignement de la photo dans les écoles militaires de l’Empire joua un rôle important dans la familiarisation des musulmans à cet art. Le lieutenant Hüsnü (1844-1896), Servili Ahmed Emin (1845-1892), Üsküdarlı Ali Sami (1867-1937), l’amiral Ali Sami, le colonel Ali Rıza, Hüseyin Zekai Paşa (1860-1919) furent parmi les photographes issus de ces milieux.

Liens

http://www.enginozendes.com/turkce/Yazilar/yazilar.html

Bibliographie

Bahattin Öztuncay, The Photographers of Constantinople. Pioneers, Studios and Artists from the 19th century Istanbul, Aygaz, Istanbul, 2003.

Erol Üyepazarcı, 1873 Yılında Türkiye'de Halk Giyisileri: Elbise-i Osmaniyye üzerine Önsöz, Notlar, Sözlük Denemesi, Dizin, Sabancı Üniversitesi, İstanbul, 1999.

Gilbert Beauge & Engin Çizgen, Images d'Empire. Aux Origines de la Photographie en Turquie, Institut d'Etudes françaises d'Istanbul, [1994].

 

<<Retour ŕ la page de Documentation