Historique de la Banque

La Banque impériale ottomane accomplit, durant de longues années, les rôles de Banque d'Etat et de Trésorier public. A part le financement de plusieurs investissements d'infrastructure dans l'ensemble de l'Empire, elle s'imposa comme une banque commerciale en solidifiant ses relations avec le marché grâce à son réseau de succursales répandu. Tout en disposant du privilège d'émission, elle fut l'acteur principal de la vie quotidienne par ses activités bancaires multiples: depôt, nantissement, crédits fournis à l'économie, escompte.

Publicité de la Banque impériale ottomane parue dans l'annuaire oriental de 1914

La naissance de la Banque impériale ottomane fut l'aboutissement d'un contrat exécuté le 4 février 1863. Le contrat, conclu par les actionnaires de l'Ottoman Bank fondé en 1856 avec le capital britannique, les associés français nouvellement incorporés et le Gouvernement ottoman, fut immédiatement ratifié par le Sultan Abdulaziz, décidé à mettre fin à la crise financière qui sévissait dans tout l'Empire depuis la Guerre de Crimée. Ainsi la Banque impériale ottomane, qui se chargeait de l'héritage légué par l'Ottoman Bank, commençait à rendre ses services dans le secteur bancaire le 1er juin 1863.

L'assainissement du système monétaire et la fondation de la Banque impériale ottomane étaient les principales rénovations du Tanzimat sur le plan financier. La Banque mettrait à la disposition du Trésor public les avances nécessaires, servirait d'intermédiaire lors de l'endettement public et accomplirait le rôle d'émission, privilège essentiel des banques d'Etat. Le 18 février 1875 marque une date charnière pour l'avenir de la Banque, puisque c'est par une convention ratifiée par firman impérial, que le Gouvernement élargit ses prérogatives en lui confiant le contrôle du budget de l'Etat et l'assainissement de la situation financière de l'Empire; cet accord prolonge en outre de vingt ans le privilège d'émission de la Banque et lui confère le rôle de Trésorier-Payeur Général de l'Empire. Le caractère de Banque d'Etat de la Banque impériale ottomane est ainsi pleinement réaffirmé.

Après les guerres balkaniques, durant lesquelles la Banque ne cessa d'aider l'Etat au travers d'avances multiples, fut créé le Conseil de la Dette Publique afin de garantir le service des emprunts. La Banque, devenue membre de fait de cet organisme, se vit confier la perception des taxes indirectes et la gestion des monopoles du sel et du tabac. Pour gérer le monopole des tabacs, la Banque impériale ottomane constitua en 1884, une société anonyme sous le nom de Régie cointéréssée des Tabacs de l'Empire ottoman.

Vers 1886, le rétablissement du crédit de l'Empire rendit possible le placement des emprunts turcs à l'étranger. Puis la diminution des engagements envers le Trésor consécutifs au redressement des finances publiques, permit à la Banque impériale ottomane d'accroitre son activité commerciale et de commencer à développer une double activité de financement de l'économie turque et de promotion d'entreprises.

C'est ainsi que la Banque fut à l'origine de la création, en 1888, de la Compagnie du Port de Beyrouth. Elle s'intéressa en association avec d'autres partenaires à la Ligne de Chemin de Fer Beyrouth-Damas (1892) ultérieurement prolongée vers Homs, Hamah et Alep (1900).

Elle apporta son concours financier à plusieurs entreprises ferroviaires : les lignes Izmir-Kasaba et Istanbul-Salonique (1892) et le Chemin de Fer de Baghdad (1903). Elle participa également à quelques affaires minières comme la Société des Charbonnages d'Héraclée (1896).

La baisse d'activité de la Banque impériale ottomane durant la Première Guerre Mondiale eut un effet négatif sur les relations de la banque avec le marché et sur sa politique de crédit. Etant donné qu'elle fonctionnait conformément à la législation ottomane, elle était considérée comme une "institution ennemie" par les Français et les Britanniques. De même, elle perdait sa crédibilité aux yeux de l'Empire ottoman à cause des capitaux français et anglais, qui la composaient. A cette époque, les directeurs français et anglais quittèrent leur poste et le privilège d'émission fut aboli. En contrepartie, la Banque put continuer ses activités.

Après la Guerre d'Indépendance, les relations avec la jeune République Turque furent réglées par la Convention du 10 mars 1924 et la Banque n'en conserva pas moins son rôle de Banque d'Etat. Etant donné son nom qui rappelait trop l'ancien régime, elle fut rebaptisée Banque ottomane.

Le statut de Banque d'Etat n'avait été conservé qu'à titre provisoire, car il était dans l'intention du Gouvernement turc de créer son propre Institut d'émission. C'est ainsi qu'en 1931 fut créée la Banque Centrale de la République de Turquie. La nouvelle convention de 1933 institua la Banque ottomane comme banque essentiellement commerciale. La dernière convention de 1952 fixa définitivement le cadre de fonctionnement de la Banque ottomane comme établissement privé.

De manière continue, la Banque poursuivit l'ouverture de nouvelles agences. Au moment de la Première Guerre Mondiale son réseau d'Orient ne comprenait pas moins de 80 succursales dont: 16 en Turquie d'Europe, 37 en Anatolie et Moyen-Orient réunis (Perse, Iraq, Liban, Palestine, Jordanie), 11 en Syrie et 5 en Egypte. La Banque était également présente à Chypre, en Albanie, en Grèce, en Bulgarie et en Roumanie. Elle fut obligée de fermer la plupart de ses succursales durant la période après-guerre. En revanche, de nouvelles agencies furent rapidement établies au Moyen-Orient sur l'insistance des actionnaires britanniques durant les années 1920-30. En 1956, la nationalisation du canal de Suez et le conflit qui s'ensuivit entraînèrent la nationalisation du groupe des agences de la Banque en Egypte. En 1958 elle étendit son action au sud de la vallée du Nil: au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et en Rhodésie (actuel Zimbabwe) et en 1962, à Abu-Dhabi, et en 1969 à Mascate suivant les instructions des actionnaires anglais.

Suite au transfert des intérêts de l'activité bancaire aux gouvernements locaux, la Banque ottomane céda, en 1969, à la National Grindlays Bank, ses agences de Londres, de Chypre, du Soudan, de Jordanie, des Emirats, d'Afrique orientale et de Rhodésie. Les agences de France et de Genève furent regroupées dans une société distincte sous le nom de Banque ottomane et l'actionnaire principal, le Groupe Paribas en céda par la suite la propriété à la Grindlays Bank-France. A partir de cette date, l'activité commerciale de la Banque ottomane se trouva recentrée uniquement sur la Turquie. En juin 1996, par le biais de la Garanti Bankasi et de l'Investment Clover, la Banque ottomane fut intégrée au Groupe Dogus. Le 31 août 2001, la fusion de la Banque avec Körfezbank fut réalisée. Le 21 décembre 2001, elle fut incorporée à son actionnaire principal, Garanti Bankasi.

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Chronologie des agences

(La Banque impériale ottomane, A. Autheman, Comité pour l'Histoire économique et financière de la France, pp. 274-275)

Succursales de la Banque impériale ottomane, 1909

1856 Londres, Istanbul-Galata, Izmir, Galatz (fermée en 1866), Beyrouth (fermée en 1921)
1861 Bucarest (fermée en 1866)
1862 Salonique, Aydin, Afyon Carahissar (fermée en 1880), Manisa, Larnaca
1865 Isparta
1866 Alexandrie
1868 Paris
1869 Antalya
1872 Port-Said
1875 Rousdjouk (fermée en 1880), Edirne, Bursa, Damas (fermée en 1921)
1878 Plovdiv (fermée en 1899)
1879 Nicosie, Limassol
1880 Varna (fermée en 1882)
1881 Nazilli (fermée en 1898)
1886 Istanbul-Yeni Cami
1889 Adana, Konya
1890 Sofia (fermée en 1899), Denizli, Mugla
1891 Istanbul-Péra, Balikesir, Usak, Samsoun, Trabzon
1892 Roustchouk (réouverte et fermée en 1899), Mersin, Baghdad, Bassorah
1893 Ankara, Alep (fermée en 1921)
1898 Mytilène (fermée en 1921)
1899 Kastamonou, Sivas
1903 Monastir (fermée en 1914), Skopje (fermée en 1914)
1904 Alexandropoulis (fermée en 1914), Kavala, Eskisehir, Aksehir, Tripoli (Syrie) (fermée en 1921), Jerusalem.
1905 Nazilli (réouverture), Bandirma, Bilecik, Jaffa.
1906 Xanthi (fermée en 1914), Erzurum, Giresun, Kutahya, Gaziantep, Silifke
(fermée en 1907), Famagusta, Haifa, Tripoli (Lybie) (fermée en 1912)
1907 Adapazari, Mossoul, Minieh
1908 Tarsus, Homs (fermée en 1921)
1909 Komotini (fermée en 1914), Tekirdag
1910 Sufli, Drama (fermée en 1921), Serres (fermée en 1921), Ionnina (fermée en 1921), Kayseri, Inebolu, Ordu, Geyve, Boldavin, Mansureh
1911 Manchester, Scutari d'Albanie (fermée en 1914), Rhodes (fermée en 1921), Diyarbekir, Elazig, Bitlis, Van, Ceyhan, Saida (fermée en 1921), Hodeida (fermée en 1921), Benghazi (fermée en 1912).
1912 Bolu, Urfa, Sandikli, Soke, Djeddah (fermée en 1916)
1913 Alexandrette (fermée en 1921)
1914 Canakkale, Zahleh (fermée en 1921)
1916 Marseille
1919 Hamah (fermée en 1921)
1920 Kirkouk, Ashar, Tunis, Kermanshah
1921 Paphos, Troodos
1922 Béthlehem, Ramallah, Naplouse, Hamadan, Teheran

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Sources

Autheman, André; La Banque impériale ottomane, Paris: Comité pour l'Histoire économique et financière de la France, 1996.

Histoire de la Banque ottomane, Istanbul, 1988.

Billiotti, Adrien, La Banque impériale ottomane, Paris, 1909.

Clay, Christopher, "The Imperial Ottoman Bank in the Later Nineteenth Century: A Multinational "National" Bank", in G. Jones (derl.), Banks as Multinationals, Londra, 1990.

Eldem, Edhem, A 135-Year-Old Treasure. Glimpses from the Past in the Ottoman Bank Archives, Istanbul, 1997.

Thobie, Jacques, Intérêts et impérialisme français dans l'Empire ottoman (1895-1914), Publication de la Sorbonne, Paris,1997.